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Mercredi 7 février 2007

La terre en partage

Eloge de la biodiversité


Fondation Nicolas Hulot (Editions de la Martinière)



La terre en partage - Nicolas HulotVoilà un livre qui en impose, tant par ses dimensions respectables (29x37) que par son poids conséquent (environ 4 kg) et bien évidemment par son contenu. Ce livre, édité aux éditions de la Martinière est avant tout un livre d'images, que dis-je, de photos. A mettre vraiment entre toutes les mains.

Nicolas Hulot, le journaliste, mais aussi producteur et animateur de l'émission "Ushuaïa Nature" est également le président fondateur de la "Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme". Cette fondation reconnue d'utilité publique est dédiée à l'éducation à l'environnement et œuvre ainsi pour le développement de la connaissance et l'engagement de tous en faveur de la Nature, ce patrimoine commun à l'humanité.

Cet ouvrage de plus de 380 pages est constitué essentiellement de photographies toutes plus sublimes les unes que les autre. Le texte y est présent, mais réduit à la portion congrue. Il faut dire que les images parlent d'elles-mêmes. Le texte, discret est là juste pour situer les photos et apporter quelques commentaires. Il est l'occasion de rappeler au lecteur la fragilité des espèces et des milieux et la responsabilité de l'homme.

Huit parties bien distinctes structurent l'ouvrage : océans, déserts, milieux ouverts, pôles, milieux humides, montagnes, forêts et enfin milieux urbains.


Océans

"La mer est sans doute aujourd'hui le plus grand écosystème à découvrir" Des chiffres qui font mal dans le dos : "on estime que le stock mondial de poissons ne représente plus que le sixième de ce qu'il était en 1990". 85 millions de tonnes (85.000.000.000 de kilogrammes) de poissons sont prélevés chaque année. Les trois quart des stocks de poissons marins sont surexploités. Mais rien n'arrête les pêcheurs qui traînent derrière eux des filets longs parfois de 40 kilomètres. Ces filets raclent tout sur leur passage : tortues, dauphins, otaries, phoques…

De cette première partie je retiendrais plus particulièrement deux photos : celle de l'hippocampe pygmée, incroyable de beauté et celle d'une plage de Chine, envahie de touristes et où les gens sont obligés de rester debout tellement il reste peu de place.


Déserts

Nous faire passer de la mer au désert est un peu brutal, à moins que le trait d'union soit le sable. Nicolas Hulot nous rappelle que les déserts sont aussi des milieux fragiles, menacés par les activités de l'homme, et notamment par l'exploitation de son sous-sol, soit pour en retirer du pétrole, soit de l'eau puisée dans des nappes phréatiques fossiles.

Les photos sont l'occasion de découvrir ou de redécouvrir la welwitschia, une plante qui peut vivre 2000 ans et dont les feuilles peuvent atteindre jusqu'à six mètres de long, mais aussi de faire connaissance avec le moloch d'Australie avec un gros plan sur ce lézard incroyable qui ressemble à un dinosaure et qui est friand de fourmis. Pour moi, la photo la plus marquante est celle d'une vaste étendue de sable d'où émergent les derniers décimètres de poteaux télégraphiques. Les dunes ont avancé, recouvrant inexorablement la route qui était là et absorbant tout sur son passage…


Milieux ouverts

En Europe, l'agriculture et l'élevage ont entraîné la disparition des grands herbivores et des prédateurs. Les milieux naturels ouverts (marais, tourbières…) ont presque tous disparu. L'agriculture moderne, avec ses insecticides, engrais, pesticides, désherbants a déjà causé des dégâts durables, voire irréversibles. Le cycle naturel de l'eau est perturbé par des barrages et des endiguements.

De ce paragraphe, j'ai retenu deux photos particulièrement marquantes : celle du lit asséché d'une rivière en Espagne où gisent des poissons sur un sol devenu tout craquelé, et celle d'un élevage de bovins au Brésil où l'on voit un alignement d'une centaine d'animaux passant la tête sous les fils d'une clôture.


Pôles

C'est peut-être là que se mesurent le plus les effets du réchauffement climatique et que l'on ressent le plus la fragilité de cet écosystème. La banquise estivale de l'Arctique se réduit comme peu de chagrin et risque de disparaître sous peu. La calotte glacière elle aussi fond. Les conséquences sont énormes. Ces grandes surfaces blanches renvoyaient une quantité d'énergie importante vers l'atmosphère, régulant ainsi la température. Au contraire, les surfaces sombres mises à nu (que ce soit le sol ou l'océan) absorbent la chaleur. La fonte des glaces entraîne une énorme quantité d'eau douce vers la mer. A terme ce sont les courants marins qui risquent d'être perturbés, et avec eux tout le climat de la planète.

Une photo m'a particulièrement subjugué, celle du pavot arctique avec ses magnifiques pétales jaunes, sur fond mauve de silène acaule.


Milieux humides

Les marais et les marécages sont les écosystèmes les plus riches. Ils couvrent plus de cinq millions de kilomètres carrés. En Europe et aux Etats-Unis près de la moitié des zones humides ont été asséchées pour l'agriculture et l'urbanisation. De nombreux barrages hydroélectriques bloquent le déplacement des poissons migrateurs vers leurs lieux de reproduction. Certes pour se donner bonne conscience l'homme a placé ci et là quelques ascenseurs à poissons. Comme il est dit dans le livre, la destruction de ces milieux humides est symptomatique d'un état d'esprit à courte vue.

La photo que je souhaite évoquer est celle d'un paysage de rizières en Chine, où l'homme a "sculpté" la montage dessinant un improbable décor qui fait penser à un gigantesque tableau de Dubuffet.


Montagnes

Dans ces milieux inhospitaliers la vie s'accroche. pourtant le sol y est souvent pauvre, l'oxygène y est raréfié, les écarts de températures sont importants. La neige et la glace recouvrent le sol une partie de l'année. Malgré tout ça, le monde du vivant s'est adapté à ce milieu peu propice à la vie. Mais c'est un milieu convoité par l'homme pour y développer des activités touristiques. Pour construire des pistes de ski, l'homme aplanit le relief détourne les eaux pour alimenter des canons à neige, arrache des arbres… Du fait de l'activité humaine de plus en plus envahissante la biodiversité des hauteurs se réfugie dans des espaces de plus en plus restreints, éloignant ainsi des espèces qui ont de moins en moins de chance de se rencontrer et donc de se reproduire.

Pour moi, la photo la plus marquante, la plus révoltante, est celle d'un incroyable amoncellement des déchets laissés par les alpinistes au camp de base du K2. Vraiment insoutenable.


Forêts

Ce qui est fascinant dans les forêts c'est que le profane n'y voit rien. Il entend parfois mais n'est pas capable d'observer le monde du vivant. Ceci est encore plus vrai dans les forêts tropicales. Ces mystérieuses forêts tropicales sont pourtant le réservoir de plus des trois quart des espèces végétales et animales connues alors que leur superficie ne couvre que 7% de la planète. Par endroit la forêt progresse. C'est le cas en France notamment grâce à la déprise agricole. La forêt boréale progresse aussi, mais au détriment de la taïga et de sa biodiversité. Ailleurs, c'est l'action cupide et aveugle de l'homme qui est à l'origine de la déforestation. Les forêts tropicales disparaissent, que ce soit en Amazonie, à Madagascar, en Indonésie, à Bornéo, dans le bassin du Congo ou en Guinée. Pourtant un médicament sur quatre utilise une molécule ou un principe actif provenant des forêts tropicales. Combien d'autres restent à découvrir ?

Je ne sais pas quelle photo mettre en avant tellement elles sont magnifiques ou irritantes. Allez, je vous propose une photo somptueuse et riche en couleurs d'un petit caméléon agrippé à une fleur aussi grosse que lui. Dans le genre horreur plusieurs photos de coupe à blanc de la forêt dont une particulièrement frappante où l'on voit une forêt dense de résineux dont une partie a subi une coupe à blanc. Le contraste est saisissant.


Milieux urbains

L'homme a détruit la nature pour construire des villes de plus en plus grandes. Et ce n'est pas encore fini. On estime qu'en 2015 trente-six villes compteront plus huit millions d'habitants. Dans les villes, à de rares exceptions près, peu de place est laissée à la nature. Pourtant, à bien y observer, certaines espèces végétales et animales arrivent à y survivre.

La photographie la plus troublante de cette dernière partie est celle d'une cigogne prisonnière d'un sac en plastique dans une décharge à ciel ouvert en Espagne. Arrivera-t-elle à s'en sortir ou va-t-elle périr étouffée dans ce piège ?


En conclusion

Dans cet ouvrage, Nicolas Hulot nous permet de découvrir la biodiversité à travers les huit thèmes évoqués. Il s'agit avant tout d'un livre de photos, mais de photographies superbes toutes plus belles et intenses les unes que les autres, à divers titres. Les clichés sont parfois sublimes, parfois cruels mais ils nous mettent face à la réalité, sans concession.

La Terre en Partage est vraiment un ouvrage exceptionnel que tous les amoureux de la nature devraient posséder. Ce livre hors du commun est à mettre entre toutes les mains. C'est un très beau livre à acheter, offrir ou se faire offrir au plus vite.

Kriss de Niort le 07/02/2007.

par Kriss de Niort publié dans : Livres

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