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Je veux parler des mantes en général en mettant l'accent sur la
mante religieuse qui est sans conteste la plus connue de nos mantes.
Tout d'abord, la mante religieuse est un insecte puisqu'elle possède 3 paires de pattes. Les mantes appartiennent à l'ordre des dictyoptères, tout comme les blattes et les termites. Etonnant non
? Pour les différencier au sein de cet ordre, on précise : Dictyoptera Mantodea.
D'un point de vue purement entomologique les mantes relèvent plus des Orthoptèroïdes (pour être précis des Mantoptères). Pour ma part je préfère cette seconde classification qui me semble plus
logique, car je trouve les mantes bien plus proches des orthoptères (courtilières, grillons, sauterelles, criquets...) que des blattes ou des termites. Je dois avouer que ces guerres de clocher,
enfin de classification, m'agacent un peu...
Les mantes sont des insectes diurnes, exclusivement carnassiers. Elles préfèrent de loin les lieux chauds et ensoleillés. Vous les trouverez le plus souvent dans les herbes hautes, les
broussailles et les buissons.
Il existe à travers le monde de 1800 à 2000 espèces de mantes dont seulement une petite douzaine sont présentes en France et plus particulièrement en région méditerranéenne.
Seule la mante religieuse (en anglais praying mantis) a réussi à peupler des régions plus nordiques puisqu'on la retrouve même au-dessus de la Loire dans des "poches de population" : Ile des
France, Alsace, Lorraine, Champagne). La mante religieuse a même été introduite au Québec et dans l'Ontario.
Morphologie
Comme tout insecte la mante possède 3 paires de pattes, dont une paire très particulière. En effet, la première paire de pattes, est spécialisée dans la capture des proies. On appelle ces pattes
: "pattes ravisseuses". La mante ne peut donc utiliser ces pattes pour se déplacer. Par conséquent, elle marche à "quatre pattes" sur les deux autres paires de pattes nommées "pattes
déambulatoires".
Le corps des mantes est formé d'une tête, généralement triangulaire, d'un thorax avec un prothorax (premier élément du thorax) très long, comparable à un cou, et un abdomen.
Les pattes ravisseuses possèdent des dents pointues et un crochet très efficace qui sert à "harponner" les proies. Elles sont aussi munies de "faux yeux" (ocelles) destinés à effrayer un ennemi
potentiel.
Les mantes adultes sont dotées de deux paires d'ailes : une paire protectrice, cornée, et une paire d'ailes membraneuses repliées sous les autres ailes. Seul le mâle arrive à voler à peu près
correctement. La femelle, trop lourde (surtout lorsqu'elle porte ses œufs) est clouée au sol.
La tête des mantes possède latéralement deux gros yeux à facettes très efficaces. Trois yeux simples, situés sur le front, entre les antennes, viennent compléter l'appareil visuel de la mante. La
vue des mantes est très bonne, ce qui est assez rare chez les insectes. La tête des mantes est très mobile est permet des rotations pratiquement à 180° dans les deux sens, ce qui est fort utile
pour surveiller les environs sans bouger.
Les différentes mantes
Je ne vais pas vous présenter toutes les mantes françaises, mais seulement les plus caractéristiques. Chez certaines mantes, il existe un dimorphisme sexuel important. En effet le mâle est
souvent plus petit que la femelle.
La mante religieuse peut être verte, brune ou jaunâtre (assez rare). Ce ne sont pas des espèces différentes, juste une couleur qui change. Il y a bien des blonds, des bruns ou des roux chez les
humains… La mante religieuse femelle peut mesurer jusqu'à 7,5 centimètres de long (ce qui en fait un des plus grands insectes de France) alors que le mâle atteint rarement six centimètres. Par
contre, cette différence de taille (et donc de poids) permet au mâle de voler alors que la femelle est le plus souvent clouée au sol.
La mante ocellée ou "Déesse de Saussure" est une mante plus petite. La taille de la femelle ne dépasse que rarement 45 millimètres. Les ailes de ces mantes sont colorées et présentent des taches
d'apparence vitreuse (hyalines, en bon français) et des taches violacées tirant sur le noir.
Ameles decolor est encore plus petite (27 mm), et le dimorphisme sexuel est absent. Sa coloration peut être jaune blanchâtre, gris brunâtre ou carrément noire. Les ailes de la femelle sont
atrophiées alors qu'elles sont bien développées chez les mâles.
Ameles spallanziana est une cousine de la mante précédente. Elle peut être brune, verte ou grise, mais fait intéressant, elle peut être également bigarrée. Certains spécimens sont vraiment très
beaux.
L'empuse (voir photo) ou diablotin pour les jeunes immatures possède sur la tête deux protubérances allongées et pointues que l'on compare souvent à une mitre. Il est impossible de la confondre.
La femelle est toujours plus grande que le mâle (de 54 à 67 mm contre 47 à 61 mm).
Une chasseuse hors pair
Les mantes sont d'excellentes chasseuses.
En effet, leur forme et leur couleur constituent un camouflage efficace, propice à la chasse à l'affût. Elles ne mangent que des proies vivantes.
Une mante en chasse prend une posture très particulière que certains apparentent à une prière, d'où le nom de mante religieuse. En y regardant de plus près cette posture fait plus penser à la
position d'un boxeur sur le ring, poins serrés et bras ramenés sur lui, prêts à se déployer en une fraction de seconde.
Dissimulée et immobile dans l'herbe ou dans un buisson, la mante attend le passage d'un insecte. Elle déploie alors ses pattes "ravisseuses" a une vitesse stupéfiante et capture sa proie :
sauterelle, papillon, criquet, mouche…). Rien ne lui fait peur. Certaine mantes "exotiques" capturent même de petits lézards ainsi que des oisillons.
Les mantes commencent toujours par rompre le cou des victimes. En fait, elles détruisent le centre nerveux, de leurs proies qui, lobotomisées, ne se défendent plus.
L'empuse quand à elle se contente de proies plus petites que la mante religieuse.
Cependant, les mantes possèdent aussi des ennemis, comme les oiseaux ou les reptiles, et ce, malgré leur camouflage. Alors, lorsque la mante craint pour sa vie, elle ouvre grand ses ailes, les
fait vibrer, ce qui provoque un bruissement (que certains comparent à celui d'un serpent à sonnette) lève ses pattes ravisseuses au ciel, puis les écarte pour tenter d'effrayer son agresseur avec
les faux yeux.
Une croqueuse de mâles
A la fin de l'été, le mâle qui a envie de copuler s'approche prudemment, par l'arrière, de la femelle. A l'aide de ses pattes ravisseuses, il grimpe sur le dos de sa conquête et s'y maintient
fermement. Si elle n'est pas "réceptrice", le mâle a out intérêt à repartir très vite. Si la femelle est "réceptrice", elle autorise le mâle à tourner son abdomen pour le faire coïncider au sien.
L'accouplement a donc lieu légèrement sur le côté. Et le mâle n'est pas du genre fainéant ! La copulation dure plusieurs heures, parfois toute une journée ! Prenez-en de la graine messieurs !
Mais rassure-vous, il n'y a rien là de bien excitant. Pas de soupirs, pas de grognements, pas de mouvements saccadés, la calme plat, désespérément plat… Pendant ce temps, madame ne fait rien,
elle patiente, s'ennuie, et il lui vient souvent une petite faim...
A la fin de son exercice, le mâle a tout intérêt à filer à l'anglaise au plus vite, car c'est souvent lui la proie la plus proche. On raconte même que certaines femelles commenceraient à manger
le mâle alors qu'il n'a pas encore terminé son travail. Ainsi décapité, il n'aurait pas la tête à autre chose et pourrait se concentrer sur son ouvrage...
Le célèbre entomologiste Jean-Henri Fabre a décrit dans ses "Souvenirs entomologiques" l'accouplement en ces termes merveilleux : "La mante, dans bien des cas, n'est jamais assouvie
d'embrassements et de festins conjugaux. Après un repos de durée variable, la ponte déjà faite ou non, un second mâle s'accepte, puis se dévore comme le premier. Un troisième lui succède, remplit
son office et disparaît mangé. Un quatrième a semblable sort. Dans l'intervalle de deux semaines, je vois ainsi la même Mante user jusqu'à sept mâles. À tous, elle livre ses flancs, à tous elle
fait payer de la vie l'ivresse nuptiale".
Sans remettre en cause le sérieux de cet homme, je n'ai nulle part observé un tel comportement, et nul autre texte de ma connaissance n'a relaté un tel comportement. En fait, dans la nature il
arrive quand même que le mâle s'en sorte indemne. Si tel n'était pas le cas, il faudrait que la proportion de mâles soit sept fois supérieure à celle des femelles. Et c'est loin d'être le
cas.
Par contre, en laboratoire ou en terrarium il
semblerait que la fréquence des cas de cannibalismes soit supérieure, mais ceci serait dû tout simplement à une sous-alimentation des femelles avant la reproduction. En effet, à cette période où
elle fabrique les œufs, la femelle a besoin de plus de nourriture qu'en temps normal.
Quoi qu'il en soit, environ une semaine plus tard, la mante dépose un sac à œufs (parfois, deux), nommé oothèque, sur un support (branche, mur, pierre…). En fait, la mante expulse par l'extrémité
de son abdomen une substance qu'elle brasse pour y emprisonner des bulles d'air et qui ressemble dans un premier temps à de la mousse et qui en durcissant à l'air se transforme en une matière
très solide. Dans le même temps elle y pond les œufs à l'intérieur. Trois ou quatre cent œufs sont ainsi répartis dans cette matière avant qu'elle ne se solidifie.
A présent, les œufs sont protégés du froid. Il ne faut pas croire que tout est rose pour ces œufs. En effet, des prédateurs veillent, et particulièrement un petit insecte de la famille des guêpes
en profite pour pondre ses œufs dans l'oothèque grâce à une tarière très efficace. Ses larves se nourriront d'œufs de mantes avant de sortir de l'oothèque.
Les premiers frimas, accompagnés de la raréfaction de la nourriture, ont raison des parents. Les œufs passent donc l'hiver bien à l'abri dans l'oothèque, et au printemps (en mai/juin voire
juillet suivant les espèces et la température) les petits orphelins voient le jour.
Dès la sortie de l'oothèque les mantes ressemblent aux adultes, mis à part les ailes qui ne viendront qu'à la dernière mue.
Compte tenue de leur petite taille les jeunes mantes ne peuvent s'attaquer aux criquets ou autres gros insectes. Elles se contentent pour l'instant de proies plus modestes : pucerons, moustiques,
mouches… A ce stade là, elle sont des proies faciles pour les lézards, les fourmis etc. Les pertes sont nombreuses et heureusement que les oothèques sont bien garnies. Adultes, elles auront
l'occasions de venger la fratrie !
Les mantes effectuent de 5 à 8 mues (suivant les espèces) pour devenir adultes. Certains avancent le chiffre de 12 mues, mais ça me paraît excessif pour les espèces méditerranéennes.
Le cycle des empuses est décalé par rapport aux autres mantes. En effet, elles hivernent sous forme de larve. Par conséquent, leur imago (forme adulte) apparaît plus tôt. La reproduction a lieu
en juillet, et les petites empuses (diablotins) naissent très vite. Les empuses adultes disparaissent avant la fin de l'été tandis que les mantes religieuses ne disparaissent qu'en automne. Autre
particularité, la femelle empuse ne mange pas le mâle.
L'élevage des mantes
Pour occuper vos enfant, vous pouvez élever des mantes chez vous. C'est très facile, enfin, presque... Pour le matériel, il suffit d'un grosse boîte en plastique que vous pouvez recouvrir avec du
tulle fin ou un vieux bas afin que l'air passe facilement. Si vous possédez un aquarium ça fait aussi l'affaire.
Vous avez deux solutions :
Première solution : vous récupérez un oothèque dans la nature et vous attendez sagement l'éclosion. Attention, celle-ci interviendra plus tôt que dans la nature si vous installez
l'oothèque dans votre appartement. Une fois les jeunes mantes nées, il faut les nourrir et là se pause un problème. Il vous faudra donc vous procurer des moustiques ou des plantes envahies de
pucerons et en fonction de la taille de vos pensionnaires, augmenter en proportion leur nourriture. Rappelez-vous que les mantes ne mangent que des proies vivantes. Si l'hiver est passé et qu'il
fait déjà chaud dehors, je vous conseille de relâcher une bonne partie des jeunes mantes dans la nature. Si vous ne donnez pas suffisamment de nourriture, attendez-vous à assister à des scènes de
cannibalisme.
Seconde solution : Vous vous procurez une belle mante dans la nature. Essayez de trouver une femelle. Chaque jour ou presque, apportez lui une belle sauterelle vivante. Si vous habitez en
campagne, ce sera facile. Autrement, vous êtes condamnés à faire un autre élevage en parallèle (mouches, criquets, blattes…). Lorsque vous pensez qu'elle est à sa dernière mue et qu'il est temps
pour elle de convoler, trouvez-lui un preux chevalier et profitez-en pour jouer les voyeurs. Dès que l'affaire est conclue, ayez pitié du mâle et rendez-lui immédiatement sa liberté. Dès que la
femelle a pondu, allez mettre l'oothèque en sécurité sous une pierre par exemple (sans l'écraser, bien sûr) et accordez une liberté bien méritée à la mère.
Dans les deux cas, n'oubliez pas de mettre un peu d'eau dans une soucoupe. Un petit couvercle fait très bien l'affaire. Autre conseil, nettoyez régulièrement le terrarium.
Le mot de la fin
Les mantes sont de magnifiques insectes, faciles à observer dans la nature pour peu que vous habitiez dans une région propice et que vous sachiez observer autour de vous.
On m'a demandé si les mantes étaient des insectes utiles ou nuisibles. Etant donné qu'elles mangent tout ce qui passe à leur portée, sans distinction, ma réponse est : les mantes ne sont ni
utiles, ni nuisibles. Elles existent et font partie du cycle de la vie. Donc, respectez-les.
L'élevage des mantes, à la maison ou en classe, peut être un support pédagogique intéressant, tant les observations sont faciles et peuvent donner lieux à des travaux variés.
Kriss de Niort le 03/02/2007
Vous avez dit...