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Le Minotaure typhée

Le minotaure typhée


Le Minotaure Typhée (Typhaeus typhoeus Linné) est un insecte ptérygote appartenant à l'ordre des coléoptères et à la famille des Scarabaeidae (suivant la classification classique) tout comme le Géotrupe stercoraire (bousier), le Scarabée ou l'Onthophage notamment.

Vous remarquerez cette association mythologique pour composer son nom. D'abord le Minotaure, le fameux monstre à tête de taureau et Typhée fils de Gaïa (la terre) et de Tartare, qui était mi-homme, mi-lion.

La famille des scarabaeidae est caractérisée par des antennes composées de feuillets (ou lamelles) contiguës ressemblant à un éventail ce qui justifie qu'on les désigne parfois sous le nom de lamellicornes coprophages. Attention, ce ne sont pas les seuls insectes lamellicornes. Le hanneton, par exemple, est également un insecte lamellicorne, mais il n'est pas coprophage.

Comme on vient de l'évoquer le Minotaure typhée est un insecte coprophage, c'est à dire qu'il se nourrit d'excréments d'autres animaux (on dit également scatophage). Comme la plupart des coprophages, il est spécialisé dans un type particulier d'excréments : ceux des moutons et ceux des lapins. Vous remarquerez immédiatement la similitude des formes. Contrairement à d'autres insectes coprophages, il ne va pas réaliser ses boulettes lui-même, il prend donc des boulettes toutes faites.

Cet insecte peut mesurer jusqu'à 2 centimètres de long, il est d'un joli noir brillant. Le mâle est plus gros que la femelle. Le mâle possède sur son pronotum (plaque dorsale située sur le prothorax) trois cornes (pointes d’araire pour reprendre le terme de Jean-Henri Fabre) parallèles dirigées vers l'avant (voir photo), les cornes latérales étant plus longues que la troisième corne. La femelle pour sa part n'en possède pas (juste une esquisse de cornes).

Ces cornes ne sont pas une arme car cet insecte est des plus pacifiques. Vous pouvez le prendre dans votre main sans danger. Elles servent notamment à manipuler les excréments de moutons et/ou de lapins qui vont servir plus tard à nourrir les larves.

On trouve le Minotaure typhée dans les prairies ou paissent des moutons ou au bord des chemins, en forêt. Cet insecte préfère les sols sablonneux, plus faciles à creuser.

Crottes de lapin autour de la galerie du minotaure typhée A la fin de l'été le Minotaure typhée creuse un terrier vertical parfois profond de plus d'un mètre, de la taille approximative de l'insecte. Pour ma part j'ai essayé de mesurer la profondeur du trou, mais à cause d'un sol trop sablonneux, vers 50 centimètres de profondeur, tout s'est écroulé). Le trou du Minotaure typhée est facile à repérer car tout près vous verrez un monticule de terre et plusieurs crottes qui attendent d'être descendues jusqu'au fond de la galerie verticale. Les excréments vont servir à nourrir les larves.

Il semblerait que l'essentiel du travail de fouissage soit effectué par la femelle alors que le mâle serait chargé d'évacuer la terre hors du trou (selon Jean-Henri Fabre qui en a fait une description très intéressante). Quand à moi, j'ai pu observer le mâle en train de creuser, il est donc apte également à le faire. Le tout est de savoir s'il le faisait pour se cacher (ce que je pense) après mon examen minutieux, ou pour une tout autre raison.

Toujours d'après les observations effectuées par Jean-Henri Fabre le mâle pétrit la terre (qui résulte du fouissage de la femelle) avec ses pattes, pour en faire une boulette, puis passe en dessous et "enfourche" la dite boulette sur ses cornes pour la hisser vers la surface sans toutefois la faire sortir. Après quelques allers et retours de la sorte le Minotaure typhée expulse toutes ces boulettes à la fois, vers l'extérieur. Le couple mettra un long mois pour réaliser cette galerie.

La question que je me pause au sujet de ce partage des tâches c'est de savoir si ce partage est dû à la présence des cornes chez le mâle qui le rend plus apte que la femelle à expulser la terre en-dehors du trou, ou si au contraire c'est cette spécialisation qui a fait que ces attributs se soient développés chez le mâle (ou qu'ils aient continué à exister s'ils étaient préexistants) et qu'ils soient absents chez la femelle que ce soit par atrophie par le non usage (s'ils étaient préexistants) ou qu'ils n'aient pas eu besoin de se développer...

Orifice de la galerie du minotaure typhée Quoi qu'il en soit de mes interrogations, lorsque la galerie est assez profonde, le mâle part en quête de crottes de mouton ou de lapin (de préférence bien sèches) qu'il roule jusqu'au trou et qu'il descend avec moult précautions. La femelle décortique finement chaque boulette (environ 500 !) pour en faire au final plusieurs couches bien tassées qui serviront à nourrir les larves.


Le rôle des insectes coprophages

Les insectes coprophages sont indispensables. Ils recyclent des quantités énormes de déjections. Sans eux, le sol serait couvert de plusieurs mètres d'excréments. Ces insectes jouent donc un rôle primordial en enfouissant les déjections car cela permet d'enrichir le sol. Ensuite ces déjections seront minéralisées par des microorganismes.

Pourtant ce sont des insectes menacés. La première menace vient de l'usage intensif d'insecticides et d'engrais chimiques dans les prairies. La seconde menace, et non des moindres est plus pernicieuse. En effet de nombreux produits vétérinaires (des vermifuges par exemple) sont administrés aux animaux d'élevage (ovins, bovins…) soit disant pour leur santé. Admettons. Cependant une bonne partie des ces produits chimiques se retrouve dans les excréments quelques heures après leur ingestion (et souvent pendant plusieurs jours) et leur principe actif est toujours… actif, du moins partiellement. Que pensez vous qu'il se passe ?

Une étude a démontré que pendant les 10 jours qui suivent le traitement d'un cheval, l'ensemble du crottin toxique émis par celui-ci peut potentiellement tuer jusqu'à 20 000 coléoptères coprophages (sans compter les autres insectes). Je vous laisse imaginer ce qu'il se produirait au niveau mondial si la totalité des insectes coprophages disparaissait...


Kriss de Niort, le 05/10/2006

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